Button Text

Noyades en France : ce que disent vraiment les chiffres 2024-2026, et ce que les collectivités peuvent faire dès maintenant

L'été n'a pas encore atteint son pic que le sujet des noyades s'impose déjà dans le débat public. Le 2 juillet 2026, sur RMC, la ministre des Sports et de la Jeunesse Marina Ferrari annonçait un bilan de « plus de 90 » noyades mortelles depuis le 19 juin, qualifiant ce chiffre d'« inquiétant » (La Croix, 2 juillet 2026). Ce n'est pas un épisode isolé : c'est la poursuite d'une tendance amorcée l'été précédent, où Santé publique France avait déjà constaté une hausse notable des noyades et des noyades mortelles par rapport à 2024 (Santé publique France, communiqué du 5 mai 2026). Trois facteurs se conjuguent et expliquent pourquoi ce sujet mérite l'attention des collectivités territoriales et des gestionnaires d'équipements aquatiques : des canicules plus précoces et plus intenses, qui allongent et intensifient la saison de baignade ; une fréquentation croissante des zones de baignade non surveillées, en rivière, en lac ou en mer ; et des marges de manœuvre bien réelles, à l'échelle locale, pour agir sur ces deux premiers facteurs. C'est précisément l'objet de cet article : poser les chiffres sans dramatiser, comprendre les leviers qui existent déjà, et identifier ceux qui restent à activer collectivement

Notre dernier actu

L'été n'a pas encore atteint son pic que le sujet des noyades s'impose déjà dans le débat public. Le 2 juillet 2026, sur RMC, la ministre des Sports et de la Jeunesse Marina Ferrari annonçait un bilan de « plus de 90 » noyades mortelles depuis le 19 juin, qualifiant ce chiffre d'« inquiétant » (La Croix, 2 juillet 2026). Ce n'est pas un épisode isolé : c'est la poursuite d'une tendance amorcée l'été précédent, où Santé publique France avait déjà constaté une hausse notable des noyades et des noyades mortelles par rapport à 2024 (Santé publique France, communiqué du 5 mai 2026).

Trois facteurs se conjuguent et expliquent pourquoi ce sujet mérite l'attention des collectivités territoriales et des gestionnaires d'équipements aquatiques : des canicules plus précoces et plus intenses, qui allongent et intensifient la saison de baignade ; une fréquentation croissante des zones de baignade non surveillées, en rivière, en lac ou en mer ; et des marges de manœuvre bien réelles, à l'échelle locale, pour agir sur ces deux premiers facteurs. C'est précisément l'objet de cet article : poser les chiffres sans dramatiser, comprendre les leviers qui existent déjà, et identifier ceux qui restent à activer collectivement.

Les chiffres 2024-2025-2026 : où en est-on vraiment ?

L'été 2024, une référence stable

Entre le 1er juin et le 30 septembre 2024, Santé publique France a recensé 1 244 noyades, dont 350 suivies de décès (28 %), des niveaux alors qualifiés de globalement stables par rapport à 2023 (Santé publique France, bilan de l'été 2024). Une période de deux semaines s'était toutefois distinguée : entre le 16 juillet et le 15 août 2024, 576 noyades avaient été recensées, soit une hausse de 41 % par rapport à la même période de 2023, en lien avec des épisodes de fortes chaleurs successifs (Le Figaro, 22 mai 2025). Sur l'ensemble de la saison 2024, les adultes représentaient 56 % des noyades, les moins de 6 ans 29 %, et les 6-17 ans 15 % ; les décès par noyade en cours d'eau ou plan d'eau représentaient la moitié des décès, tous âges confondus.

L'été 2025, une hausse à deux chiffres confirmée par Santé publique France

Le bilan publié par Santé publique France le 5 mai 2026 change d'échelle. Entre le 1er juin et le 30 septembre 2025, 1 418 noyades ont été recensées en France (Hexagone et DROM), dont 409 suivies de décès, soit une proportion de 29 % (Santé publique France, bulletin national, 5 mai 2026). Par rapport à 2024, cela représente une hausse de 14 % du nombre total de noyades et de 16 % du nombre de noyades suivies de décès. Le communiqué officiel de l'agence sanitaire est explicite : « Dans son bilan annuel des noyades survenues durant l'été 2025, Santé publique France révèle une hausse notable des noyades et des noyades suivies de décès par rapport à 2024 » et précise que « les épisodes de fortes chaleurs de l'été 2025 ont contribué à cette augmentation » (Santé publique France, communiqué de presse, 5 mai 2026).

Le pic est particulièrement marqué sur la première vague de chaleur de la saison : entre le 19 juin et le 8 juillet 2025, 355 noyades ont été recensées, soit une augmentation de 135 % par rapport à la même période en 2024, dont 106 suivies de décès (+172 %), un lien que Santé publique France attribue « probablement » à la vigilance canicule orange/rouge de cette période, qui a entraîné une hausse de la fréquentation des sites de baignade (Santé publique France, bulletin national, 5 mai 2026).

La répartition par âge et par lieu affine le diagnostic :

  • 57 % des noyades ont concerné des adultes, 27 % les moins de 6 ans, 16 % les 6-17 ans ;
  • la proportion de noyades suivies de décès reste bien plus élevée chez les adultes (43 %) que chez les moins de 6 ans (6 %) ; environ 9 noyades suivies de décès sur 10 concernent des adultes ;
  • les décès en cours d'eau ou en plan d'eau ont représenté 169 décès et ceux en mer 173 décès, soit ensemble la grande majorité des décès de l'été (Le Dauphiné Libéré, 5 mai 2026) ;
  • 33 enfants et adolescents sont décédés d'une noyade en cours d'eau ou plan d'eau, contre 20 en 2024, soit 58 % des décès de cette classe d'âge (CoDES 06, relayant Santé publique France) ;
  • 21 adolescents de 13 à 17 ans sont morts noyés l'été dernier, contre 10 en 2024 (Le Dauphiné Libéré, 5 mai 2026) ;
  • quatre régions ont concentré 46 % des décès par noyade de l'été 2025 : Provence-Alpes-Côte d'Azur, Nouvelle-Aquitaine, Occitanie et Auvergne-Rhône-Alpes (La Croix, 2 juillet 2026) ; à elle seule, la région Provence-Alpes-Côte d'Azur a enregistré 332 noyades en 2025 (ARS Paca, 6 mai 2026).

L'été 2026 : des chiffres provisoires, mais déjà significatifs

Les données disponibles à la mi-2026 restent, par nature, partielles. La période de surveillance officielle de Santé publique France, habituellement lancée en juin, a d'ailleurs été avancée au 1er mai 2026 précisément pour mieux capter l'allongement de la saison de baignade (Santé publique France, communiqué de presse, 5 mai 2026). Mais les premiers relevés de terrain sont suffisamment nets pour justifier une vigilance immédiate.

Le 2 juillet 2026, sur RMC, Marina Ferrari déclarait : « Depuis le 19 juin, nous déplorons plus de 90 noyades [mortelles]. Un chiffre qui est inquiétant » (déclaration reprise par CNEWS, 2 juillet 2026, et Le Figaro, 23 juin puis 2 juillet 2026). Elle précisait également, selon la même intervention retranscrite par Le Figaro, que « 65 % de ces noyades ont lieu sur des points de baignade non surveillés ou non autorisés » (Le Figaro, 28 juin 2026), et notait aussi « une baisse ces derniers jours », corrélée au reflux du pic de chaleur (vidéo Dailymotion/CNEWS, 2 juillet 2026). Le bilan avait déjà été actualisé plusieurs fois en quelques jours, passant de 55, puis 74, à plus de 90 décès entre la mi-juin et le 2 juillet 2026, illustrant la vitesse à laquelle la situation évolue en période de canicule (Le Figaro, 23-28 juin 2026).

Ces chiffres sont provisoires et seront consolidés par Santé publique France en fin de saison. Mais leur ordre de grandeur, plus de 90 décès en un peu plus de deux semaines de canicule  se compare directement aux 106 décès enregistrés sur une période comparable en 2025 (19 juin-8 juillet), elle-même en hausse de 172 % par rapport à 2024. Autrement dit, l'été 2026 démarre sur une trajectoire proche de celle, déjà exceptionnelle, de l'été 2025.

Trois étés, une tendance qui se confirme

Sources : Santé publique France, Le Figaro, La Croix.

Le facteur commun à ces trois étés est clairement identifié par Santé publique France comme les épisodes de canicule : chaque pic de chaleur orange ou rouge coïncide avec un pic de noyades, parce qu'il pousse davantage de personnes à se baigner, y compris dans des lieux non surveillés, souvent dans l'urgence de se rafraîchir plutôt que dans une logique de loisir planifié. Cette mécanique explique aussi pourquoi les cours d'eau et plans d'eau concentrent une part croissante des décès : 41 % de l'ensemble des décès par noyade en France en 2025, d'après Voies Navigables de France citant Santé publique France (VNF, communiqué #CoulePasTonÉté, 6 mai 2026). À ce facteur météorologique s'ajoutent des comportements à risque bien identifiés par les autorités sanitaires depuis plusieurs années : consommation d'alcool avant la baignade, surestimation de ses capacités de nage, baignade isolée sans surveillance, sauts depuis des ouvrages non prévus à cet effet.

Ce que disent les autorités et les experts

Au-delà des chiffres, plusieurs prises de parole publiques éclairent la manière dont l'État aborde le sujet à l'été 2026.

Marina Ferrari, ministre des Sports et de la Jeunesse, a resitué le bilan dans le contexte de la canicule lors de son intervention du 2 juillet 2026 sur RMC : « Depuis le 19 juin, nous déplorons plus de 90 noyades. Un chiffre qui est inquiétant. […] Là, on a assisté à une baisse ces derniers jours. Donc on voit bien que c'est corrélé aussi au pic [de chaleur] » (RMC, 2 juillet 2026, propos rapportés par Dailymotion/CNEWS). Un peu plus tôt dans le mois, elle avait indiqué que « 65 % de ces noyades ont lieu sur des points de baignade non surveillés ou non autorisés » (Le Figaro, 28 juin 2026). Dès le 23 juin 2026, alors que le bilan consolidé n'était pas encore disponible, elle avait aussi évoqué prudemment « une vingtaine de noyades depuis samedi en France », en précisant explicitement qu'elle ne disposait pas encore de chiffres consolidés (Jean-Marc Morandini, 23 juin 2026), une transparence sur le caractère provisoire des données qui mérite d'être soulignée.

Dans une intervention vidéo diffusée le 11 juin 2026 sur le compte du ministère, Marina Ferrari élargissait le constat au-delà de la seule météo : « Chaque été, les noyades se multiplient et trop d'enfants, notamment dans les quartiers populaires, ne savent toujours pas nager, faute d'accès suffisant aux piscines, aux créneaux scolaires ou à l'apprentissage de l'aisance aquatique » (YouTube, chaîne institutionnelle du ministère des Sports, 11 juin 2026). Elle y annonçait également que le ministère avait « avancé dans l'urgence la campagne de sensibilisation au risque de noyade ».

Santé publique France, dans son communiqué officiel du 5 mai 2026, a formulé un diagnostic sans détour : « Dans son bilan annuel des noyades survenues durant l'été 2025, Santé publique France révèle une hausse notable des noyades et des noyades suivies de décès par rapport à 2024. » L'agence y explique sa décision d'anticiper le suivi épidémiologique : « Dans un contexte de changement climatique avec l'extension de la période propice aux baignades, tous les acteurs se mobilisent pour renforcer la surveillance et la prévention contre les noyades. Pour prendre en compte ces éléments, Santé publique France avance le début de la période de surveillance dès le 1er mai 2026 » (Santé publique France, communiqué de presse, 5 mai 2026). Le communiqué rappelle également que « la noyade est la première cause de mortalité par accident de la vie courante chez les moins de 25 ans en France mais concerne aussi les autres catégories d'âge » et précise que « les ministères chargés de la Santé et des Sports renforcent leurs campagnes de prévention ciblant notamment les personnes âgées et les risques liés à la consommation d'alcool, dans un nouveau partenariat avec Voies navigables de France ».

Service-public.fr, plateforme officielle de la Direction de l'information légale et administrative, relayait dès le 20 juin 2025 puis à nouveau pour la saison 2026 le même message de prévention : « Face à l'augmentation des noyades durant l'été, Santé publique France et le ministère de la Santé renouvellent la campagne de prévention pour la saison estivale 2026 dès le 1er mai en ciblant les populations les plus concernées : les enfants de moins de 6 ans et les personnes âgées » (Service-public.fr, actualité A15058), rappelant à cette occasion les numéros d'urgence : le 112 (urgence générale européenne) et le 196 (urgence en mer).

La campagne #CoulePasTonÉté, relayée notamment par Voies Navigables de France en partenariat avec les autorités sanitaires, rappelle un chiffre clé : « En France, 43 % des noyades accidentelles concernent des enfants ou adolescents de moins de 18 ans, et plus d'une noyade mortelle sur deux survient dans les cours d'eau ou les plans d'eau » (VNF, communiqué du 6 mai 2026). Localement, cette campagne a été relayée dès le 18 juin 2026 par exemple par le Préfet de Normandie et VNF, qui rappelaient l'interdiction de baignade sauvage dans le Calvados en pleine vigilance canicule (INFO.FR, 18 juin 2026), une illustration concrète de la manière dont un message national peut et doit être décliné territoire par territoire.

L'apprentissage de la natation à l'école : un levier clé, mais pas suffisant à lui seul

C'est un point de vigilance central pour toute collectivité qui investit dans la natation scolaire : savoir nager ne suffit pas à écarter le risque de noyade, en particulier en milieu naturel. Il est utile de comprendre précisément ce que le cadre scolaire français vise, et où s'arrêtent ses effets.

Ce que recouvre le « savoir-nager » à l'école

Depuis la note de service ministérielle du 28 février 2022, l'apprentissage aquatique à l'école primaire est structuré en un parcours balisé par cinq repères, allant de l'aisance aquatique au savoir-nager en sécurité (note de service, académie d'Amiens) :

  • les Paliers 1, 2 et 3 de l'aisance aquatique, théoriquement associés respectivement à 5, 6 et 7 ans ;
  • l'attendu de fin de cycle 2, au plus tard en CE2, défini par les programmes scolaires de 2015 comme la capacité à « se déplacer dans l'eau sur une quinzaine de mètres sans appui et après un temps d'immersion » ;
  • l'Attestation du Savoir Nager en Sécurité (ASNS), à valider au plus tard en sixième, prioritairement en fin de cycle 3.

L'aisance aquatique est définie comme « une première expérience positive de l'eau qui fonde la capacité à agir de façon adaptée dans une diversité de situations rencontrées en milieu aquatique », particulièrement visée pour les enfants de moins de 7 ans. Le savoir-nager en sécurité, lui, correspond à « une maîtrise du milieu aquatique permettant de nager en sécurité dans un établissement de bains ou un espace surveillé (piscine, parc aquatique, plan d'eau calme à pente douce) ». Le test de validation de l'ASNS impose un parcours précis en continuité (entrée en chute arrière, déplacements de 3,5 à 20 mètres, immersion, surplaces de 15 secondes, changement de position ventrale/dorsale), sans reprise d'appui et sans lunettes.

Deux capacités bien distinctes

Le point le plus important pour la prévention des noyades tient dans une distinction que le texte réglementaire lui-même souligne : le savoir-nager en sécurité tel qu'il est évalué à l'école vise explicitement un « établissement de bains ou un espace surveillé », c'est-à-dire un environnement standardisé, à température stable, sans courant, avec une profondeur connue et une surveillance organisée. Le même texte précise d'ailleurs noir sur blanc que « l'attestation du savoir-nager en sécurité ne représente pas l'intégralité des compétences fixées par les programmes d'enseignement ».

Or, une large part des noyades mortelles françaises survient précisément en dehors de ce cadre : en rivière, en lac, en mer, souvent en l'absence de toute surveillance. En 2025, les décès en cours d'eau/plan d'eau (169) et en mer (173) représentent ensemble l'essentiel des 409 décès de l'été (Le Dauphiné Libéré, 5 mai 2026), et Marina Ferrari indiquait que 65 % des noyades de l'été 2026 se produisent sur des points de baignade non surveillés ou non autorisés (Le Figaro, 28 juin 2026). Ces environnements présentent des risques spécifiques que le cadre scolaire ne peut pas reproduire à l'identique : courants, hydrocution liée à l'eau froide, absence de repères de profondeur, fonds irréguliers, végétation aquatique, absence de personnel de secours à proximité immédiate.

Les limites structurelles de l'apprentissage scolaire

Au-delà de cette différence de nature entre milieux, l'efficacité de l'apprentissage scolaire se heurte à des limites d'accès bien identifiées par les acteurs du secteur :

  • Inégalités territoriales d'accès aux bassins. Marina Ferrari le formulait explicitement le 11 juin 2026 : « trop d'enfants, notamment dans les quartiers populaires, ne savent toujours pas nager, faute d'accès suffisant aux piscines, aux créneaux scolaires ou à l'apprentissage de l'aisance aquatique » (YouTube, ministère des Sports, 11 juin 2026). Un enfant scolarisé loin d'un équipement aquatique, ou dans une commune dont la piscine est fermée pour travaux ou faute de personnel, a mécaniquement moins de créneaux d'apprentissage que ses camarades d'une commune mieux dotée.
  • Pénurie de maîtres-nageurs sauveteurs. Cette pénurie, documentée depuis plusieurs années par la presse professionnelle et généraliste, continue de peser sur l'offre en 2026 : plusieurs piscines ont dû fermer ou réduire leurs horaires faute de personnel qualifié disponible, y compris en pleine saison estivale (Ouest-France, 26 juin 2026 ; TF1 Info, 13 août 2025). Moins de MNS disponibles signifie moins de créneaux scolaires possibles, et moins de plages ou zones naturelles effectivement surveillées l'été — un double effet pénalisant.
  • Le simple fait de « savoir nager » ne suffit pas à prévenir une noyade en milieu naturel. Les autorités sanitaires rappellent que le risque de noyade ne dépend pas uniquement du niveau de nage, mais aussi du comportement (alcool, isolement, sauts non maîtrisés) et des conditions du milieu (courant, température, absence de secours). C'est pourquoi les campagnes de prévention nationales ciblent des messages complémentaires à l'apprentissage scolaire : surveillance rapprochée des enfants même sachant nager, choix de zones de baignade surveillées, vigilance sur la consommation d'alcool, connaissance des numéros d'urgence.

Cette analyse ne remet nullement en cause l'utilité du savoir-nager scolaire, bien au contraire, il reste un socle indispensable, en particulier pour l'aisance aquatique précoce des moins de 7 ans. Mais il doit être compris comme une condition nécessaire, non suffisante, de la prévention des noyades. C'est un changement de focale important pour les collectivités : investir dans l'apprentissage scolaire est essentiel, mais doit impérativement s'accompagner d'un investissement parallèle sur la sécurisation des milieux naturels et sur l'éducation aux comportements à risque.

Quelles actions pour faire vraiment baisser les noyades ? Une feuille de route pour les collectivités et les piscines publiques

Face à ce diagnostic, les leviers d'action des collectivités territoriales et des gestionnaires d'équipements aquatiques sont nombreux, concrets, et pour beaucoup déjà éprouvés ailleurs. Voici une feuille de route graduée.

1. Renforcer et reconfigurer l'offre de natation scolaire et périscolaire

Augmenter le volume de créneaux dédiés à l'aisance aquatique dès le plus jeune âge (Paliers 1 à 3, avant 7 ans) a un effet d'autant plus fort que cette période est identifiée par les textes officiels comme la fenêtre prioritaire d'acquisition. Cibler en priorité les écoles situées en zones d'éducation prioritaire ou éloignées d'un équipement aquatique permet de répondre directement au constat dressé par la ministre des Sports sur les inégalités d'accès dans les quartiers populaires. Construire des passerelles entre l'école et les clubs ou la piscine municipale (créneaux post-scolaires encadrés par des MNS ou des clubs partenaires) prolonge l'acquisition du savoir-nager au-delà du seul temps scolaire, souvent insuffisant à lui seul pour atteindre l'ASNS avant la sixième.

2. Investir dans le parc de piscines publiques

Le lien entre fermeture ou vétusté des bassins et report de la fréquentation vers des zones non surveillées est un raisonnement solide, cohérent avec les données disponibles : lorsque la piscine du quartier ferme (travaux, pénurie de personnel, obsolescence des équipements), la demande de rafraîchissement ne disparaît pas, elle se déplace, souvent vers des cours d'eau, canaux ou plans d'eau non surveillés, précisément les lieux où se concentre la majorité des décès. Anticiper les besoins de rénovation, mutualiser les investissements à l'échelle intercommunale, et prioriser le maintien en activité des bassins existants pendant les pics de chaleur sont donc des choix qui ont un effet direct sur la sécurité, au-delà du seul confort d'usage.

3. Structurer des dispositifs saisonniers en eau libre

Renforcer les plages et zones surveillées pendant les pics de canicule, en particulier lors des premières vagues de chaleur de la saison, c'est justement sur la période du 19 juin au 8 juillet que les hausses de noyades ont été les plus spectaculaires en 2025 (+135 %) comme en 2026. Une signalétique claire sur les interdictions de baignade (ouvrages hydrauliques, canaux, zones à courant) et des campagnes locales ciblées sur les sites identifiés comme dangereux par les retours de terrain (lacs, rivières, plans d'eau urbains) complètent ce dispositif. L'exemple de la Préfecture de Normandie et de VNF, qui ont rappelé localement l'interdiction de baignade sauvage dans le Calvados en pleine vigilance canicule, illustre comment une déclinaison territoriale rapide d'un message national peut avoir un effet immédiat.

4. Investir dans la formation et le recrutement de maîtres-nageurs sauveteurs

La pénurie de MNS n'est pas un problème périphérique : elle conditionne à la fois l'offre de natation scolaire, l'ouverture effective des bassins publics, et la surveillance des zones de baignade. Diversifier les voies de formation (alternance, partenariats avec des organismes spécialisés), valoriser la rémunération et les conditions de travail, et communiquer sur le rôle du MNS non seulement comme surveillant mais comme acteur de prévention et de pédagogie (sensibilisation des familles, ateliers de sécurité aquatique) sont des chantiers de moyen terme mais à fort effet de levier, puisqu'ils débloquent simultanément plusieurs des actions précédentes.

5. Coordonner la communication locale avec les campagnes nationales

Relayer localement les campagnes #CoulePasTonÉté, Santé publique France et Service-public.fr, en les adaptant aux points de baignade et aux publics propres à chaque territoire, démultiplie leur portée. Cela inclut le rappel systématique, en période de vigilance canicule, des numéros d'urgence (112, 196), des messages de surveillance rapprochée des enfants (y compris ceux qui savent nager), et des risques liés à l'alcool. Une communication multicanale (réseaux sociaux locaux, affichage sur site, relais via les offices de tourisme en période estivale) permet de toucher aussi les populations non résidentes, en particulier les touristes moins familiers des dangers locaux.

6. Cibler les publics et les comportements à risque spécifiques

Les données de Santé publique France indiquent des profils de risque différenciés : les jeunes enfants (noyades fréquentes mais moins souvent mortelles), les adolescents (progression marquée des décès, souvent liée à des comportements de groupe et des sauts non maîtrisés), les adultes (86 % des noyades mortelles, souvent liés à une surestimation de ses capacités ou à la consommation d'alcool), et les personnes âgées (ciblées spécifiquement par les campagnes nationales 2026). Des actions différenciées par public, ateliers parents-enfants en début de saison, campagnes spécifiques dans les lycées et centres de loisirs pour ados, messages ciblés vers les seniors via les réseaux associatifs et médicaux  permettent de traiter des causes de noyade qui ne se ressemblent pas.

Chacune de ces actions prend tout son sens si elle est pensée non isolément, mais comme un système : plus de créneaux scolaires suppose plus de MNS ; plus de MNS suppose une politique de formation ; plus de bassins ouverts réduit la pression sur les zones naturelles ; et la communication locale ne fonctionne que si elle s'appuie sur une connaissance fine des points de baignade à risque du territoire.

Une situation qui appelle une réponse structurée et collective

Les chiffres de 2024 à 2026 dessinent une trajectoire claire : une hausse confirmée en 2025 (+14 % de noyades, +16 % de décès par rapport à 2024, selon Santé publique France), et un début d'été 2026 qui, avec plus de 90 décès en un peu plus de deux semaines de canicule d'après la ministre des Sports, se situe dans le même ordre de grandeur que le pic observé l'année précédente. Ces chiffres, bien que partiels pour 2026, sont suffisamment significatifs pour justifier une mobilisation immédiate sans céder à l'alarmisme, mais sans attendre non plus la consolidation complète des données pour agir.

Cette situation n'est ni une fatalité climatique, ni la seule responsabilité d'un acteur en particulier. Elle est le résultat de plusieurs dynamiques qui se recoupent : canicules plus précoces, fréquentation croissante des zones non surveillées, tensions sur l'offre de piscines et de personnel qualifié  sur lesquelles les collectivités territoriales et les gestionnaires d'équipements aquatiques disposent de leviers d'action réels, documentés, et pour certains déjà mis en œuvre avec succès sur certains territoires. Le savoir-nager scolaire reste un socle essentiel, mais son efficacité dépend directement de l'accès aux équipements, de la disponibilité des maîtres-nageurs, et d'une prévention complémentaire ciblée sur les environnements non standardisés où se concentre la majorité des décès.

C'est précisément pour construire ensemble cette réponse structurée que le premier Congrès de la piscine publique est organisé les 7 et 8 décembre 2026, au Novotel Paris Centre Tour Eiffel. Ce nouveau rendez-vous professionnel, créé par La Piscine de Demain, réunira pendant deux jours, dans un format résidentiel inédit, l'ensemble des acteurs de la piscine publique et des équipements aquatiques : élus des collectivités, DGS, responsables des sports et des piscines, directeurs d'équipements, maîtres-nageurs sauveteurs, experts de santé publique, et opérateurs privés et publics du secteur (La Piscine de Demain, page officielle du congrès).

Ce sera un espace de travail concret, pas seulement un colloque : conférences plénières sur les enjeux de la filière, rendez-vous personnalisés entre collectivités et partenaires pour construire des projets territoriaux, workshop sur les pratiques internationales pour s'inspirer des innovations et réglementations européennes, et temps d'échange informels entre élus, techniciens et experts pour partager données et retours d'expérience. Les chiffres et témoignages présentés dans cet article montrent que la situation appelle des réponses coordonnées entre acteurs, c'est exactement l'objet de ce congrès : permettre aux collectivités de croiser leurs constats, de bâtir des plans d'action territoriaux réalistes, et de préparer, dès les prochains étés, une réduction tangible du nombre de noyades sur leur territoire.

Les élus, DGS, responsables des sports et des piscines publiques qui souhaitent contribuer à cette dynamique collective sont invités à s'inscrire gratuitement dès maintenant au premier Congrès de la piscine publique, les 7 et 8 décembre 2026 à Paris.

Anthony Martinez

Directeur Général et associé de la Piscine de Demain 

Sources principales